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Les tumeurs des tissus mous sont rares, mais très
variées, et dans la dernière classification de l'OMS (3),
plus de 150 types et sous-types sont répertoriés. En outre,
de nombreuses publications sont consacrées à ces tumeurs
et de nouvelles entités sont régulièrement décrites.
L'expérience est donc longue et difficile à acquérir
avec des taux relativement importants de discordance pour le diagnostic.
Le problème le plus fréquent et le plus important est celui
de la distinction entre lésions bénignes et tumeurs malignes
avec des implications thérapeutiques importantes. De fait, l'approche
diagnostique doit répondre à certains impératifs
(1,2,4) :
1. Le pathologiste doit exiger certaines conditions ;
2. L'examen histologique proprement dit doit être analytique ;
3. Les techniques spéciales doivent être utilisées
de manière raisonnée ;
4. Adopter une approche par étape en cas de difficulté.
CONDITIONS A EXIGER POUR EXAMINER UNE TUMEUR DES TISSUS MOUS
1. Disposer d'informations cliniques pertinentes
:
L'âge du patient est la plus importante car les tumeurs de l'enfant
sont assez souvent particulières et ne s'observent pas, ou rarement,
chez l'adulte. A l'inverse, certaines tumeurs relativement fréquentes
chez l'adulte, comme le liposarcome ou l'histiocytofibrome malin, sont
exceptionnelles chez l'enfant. Le siège de la lésion au
niveau d'un membre ou du tronc, et surtout sa situation en profondeur,
sont importants à considérer. Ainsi certaines tumeurs sont
presque toujours superficielles, comme le dermatofibrosarcome de Darier
et Ferrand ou l'histiocytofibrome bénin. La taille de la tumeur
est également à considérer, et devant une lésion
de petite taille, inférieure à 2 cm, il convient d'être
prudent avant de retenir le diagnostic de sarcome. Dans certains cas,
la rapidité d'évolution et la notion d'antécédent
sont importantes à connaître.
2. Disposer d'un prélèvement représentatif
de la lésion, c'est-à-dire
ayant intéressé la lésion en cause, non nécrosé,
et de taille suffisante. Si pour le diagnostic d'une récidive,
un prélèvement par cytoponction ou au trocard est habituellement
suffisant, il est hautement recommandé de disposer d'un prélèvement
chirurgical pour le diagnostic de la lésion initiale. Si l'on dispose
de la tumeur en son entier, il convient de réaliser un bon échantillonnage
et l'on conseille de faire des prélèvements dans les zones
d'aspects macroscopiques différents et de réaliser un bloc
par centimètre de grand axe de tumeur.
3. Disposer de coupes histologies standard de
qualité.
4. Disposer, si besoin, de techniques spéciales,
en particulier d'une immunohistochimie de qualité.
EXAMEN HISTOLOGIQUE PROPREMENT DIT
L'examen histologique de la coloration standard
permet d'arriver au diagnostic dans la majorité des cas ou, en
tout cas, constitue la base pour la discussion diagnostique.
1. L'examen au faible grossissement est souvent
le plus important :
- Il permet, dans un certain nombre de cas, de faire le diagnostic en
un coup d'il. C'est le cas pour certaines lésions fréquentes
comme l'histiocytofibrome bénin cutané d'aspect classique,
le lipome conventionnel et l'angiome capillaire. C'est également
le cas pour certaines lésions plus rares mais caractéristiques
comme le liposarcome myxoïde ou le synovialosarcome biphasique
- Il permet de recueillir des informations sur la taille, le siège
de la tumeur, ses rapports avec les tissus normaux, sa cellularité
et ses contours.
- La question essentielle qui doit être posée à ce
niveau de l'observation est certainement de savoir s'il s'agit d'une lésion
réactionnelle ou non. Une telle lésion devra systématiquement
être suspectée en cas de nodule sous-cutané de petite
taille. Les meilleurs arguments en faveur du diagnostic sont la présence
d'un phénomène de zone, le caractère organisé
de la vascularisation et l'aspect des cellules qui correspondent à
des myofibroblastes.
2. Si une telle lésion peut être éliminée,
l'examen au faible et au moyen grossissement apportera des informations
sur la tumeur en cause : aspect des cellules, type d'architecture, type
de stroma, aspect de la vascularisation et présence ou non de nécrose.
Ces informations permettront de classer la tumeur dans l'une des principales
catégories morphologiques développées dans cet EPU.
(Tableau I).
Tableau I : Classification morphologique des tumeurs
des tissus mous
1. Tumeurs à cellules fusiformes
2. Tumeurs myxoïdes
3. Tumeurs à cellules rondes
4. Tumeurs à cellules pléomorphes
5. Tumeurs d'aspect épithélial
6. Tumeurs d'aspect vasculaire
7. Tumeurs avec cartilage, os ou calcifications
8. Tumeurs avec composante adipeuse prédominante
Cette classification constituera un bon fil conducteur
pour arriver au diagnostic en limitant les hypothèses à
discuter en cas de difficultés (voir tableaux des chapîtres
correspondant).
o Aspect des cellules :
Les deux types de cellules les plus souvent rencontrés au niveau
des tumeurs des tissus mous sont les cellules adipeuses matures orientant
a priori vers une tumeur de nature adipeuse et les cellules fusiformes
qui correspondent à de très nombreuses possibilités
diagnostiques. Les tumeurs à cellules rondes, à cellules
pléomorphes, à cellules épithélioïdes
correspondent, elles-aussi, à de nombreuses possibilités
diagnostiques.
o Types d'architecture
Les tumeurs de tissus mous peuvent avoir une architecture fasciculée,
être sans architecture ou avoir une architecture d'un type particulier.
- Les tumeurs à cellules fusiformes prennent souvent une architecture
fasciculée. Celle-ci peut être en arêtes de poisson
ou en chevrons comme dans le fibrosarcome, en longs faisceaux qui se coupent
à angle droit comme dans le léiomyosarcome, en faisceaux
courts tourbillonnants pouvant réaliser un aspect en rayons de
roue comme dans les tumeurs fibrohistiocytaires, en particulier le dermatofibrosarcome
de Darier et Ferrand, ou être disposé en longs faisceaux
divergents comme dans la tumeur desmoïde. Ces types architecturaux
ne sont pas spécifiques d'une tumeur donnée, ainsi l'aspect
en arêtes de poisson peut être observé dans d'autres
sarcomes que le fibrosarcome (schwannome malin, synovialosarcome monophasique
à cellules fusiformes, composante dédifférenciée
d'un liposarcome) ou même être observés dans une tumeur
maligne non sarcomateuse comme un carcinome à cellules fusiformes.
Ils n'ont qu'une valeur d'orientation vers un ou plusieurs types tumoraux.
- Les tumeurs malignes à cellules rondes ou à cellules pléomorphes
sont souvent disposées en plages sans architecture particulière.
Cet aspect n'a pas de valeur d'orientation.
- Les architectures de type particulier sont plus rarement observées,
mais peuvent constituer un bon élément d'orientation. Le
tableau II indique les principales tumeurs observées en fonction
des types architecturaux particuliers.
Tableau II : Architectures de type particulier
o Alvéolaire:Sarcome alvéolaire
des parties molles,Rhabomyosarcome alvéolaire,Carcinome
o Biphasique: Synovialosarcome,héliome,Carcinosarcome
o Cordonale: Chondrosarcome myxoïde,Hémangioendothéliome
épithélioïde,Schwannome malin épithélioïde,Carcinome
o Endocrinoïde: Paragangliome,Sarcome alvéolaire des
parties molles,Carcinome
o Palissadique: Schwannome bénin ou malin,Léiomyome
et léiomyosarcome,
o Plexiforme: Neurofibrome,Schwannome,Tumeur fibrohistiocytaire
plexiforme
o Hémangiopéricytaire: Tumeur fibreuse solitaire,Histiocytofibrome
bénin cellulaire,Myofibromatose, Synovialosarcome, Schwannome malin,
Chondrosarcome mésenchymateux, Tumeurs malignes variées
o Rosettes: Neuroblastome,Tumeur primitive neuroectodermique (PNET)
o Types de stroma
Certaines tumeurs des tissus mous sont riches en matrice extracellulaire
produite par les cellules tumorales. Il peut s'agit de substance myxoïde,
de collagène, de calcifications, d'os ou de cartilage. Ces éléments
peuvent constituer un bon fil conducteur pour arriver au diagnostic, mais
le problème est de définir la spécificité
de cette substance extracellulaire en fonction du cas étudié.
Les tumeurs myxoïdes et les tumeurs avec calcification, os ou cartilage
sont spécifiquement abordées dans cet EPU.
o Vascularisation de la tumeur
L'abondance et le type de vascularisation observée peuvent constituer
des éléments importants d'orientation diagnostique.
Une vascularisation capillaire de type organoïde, constitue un élément
clé pour le diagnostic de certaines tumeurs vasculaires bénignes
et des lésions réactionnelles. Cette vascularisation peut
être constituée de capillaires disposés en nodules
bien limités avec présence parfois d'un capillaire central
plus gros et de capillaires de plus petite taille autour. Il peut également
s'agir de capillaires disposés de manière parallèle.
Une vascularisation capillaire, abondante, disposée en réseau
anastomosé ou constituée de capillaires séparés
mais arciformes et à paroi épaissie, constitue au sein des
tumeurs myxoïdes un bon élément pour le diagnostic
de sarcome, en particulier de liposarcome myxoïde et d'histiocytofibrome
malin myxoïde.
Une riche vascularisation de type hémangiopéricytaire n'a
pas de signification spécifique et, le plus souvent, ne correspond
pas à un hémangiopéricytome. Il peut s'agir d'une
tumeur bénigne ou maligne de différents types (Tableau II).
o Nécrose tumorale
- La nécrose tumorale est histologiquement définie par la
présence de débris cellulaires amorphes habituellement intriqués
à des polynucléaires neutrophiles. Les cellules nécrosées
sont habituellement disposées en amas et ont la particularité
de présenter un noyau décoloré ou non visible. La
nécrose tumorale peut également être constituée
par un ou plusieurs foyers à contours irréguliers en carte
de géographie avec nécrose abrupte soulignée par
une bordure de noyaux pycnotiques qui est très en faveur d'une
tumeur maligne.
- Des cellules nécrosées individuelles, des corps apoptotiques,
des zones de hyalinose ou d'dème, ou d'exsudats fibrinoïdes
sans cellule tumorale, ainsi que des zones de fibrose acellulaire, n'entrent
pas dans la définition de la nécrose tumorale.
- La nécrose hyalinisante, rappelant la nécrose de l'infarctus
blanc et caractérisée par une zone de nécrose tumorale
centrale entourée d'une bande de collagène entre les cellules
nécrosées et les cellules préservées, n'a
pas de signification péjorative, est peut être observée
dans certaines tumeurs bénignes.
- Pour que la nécrose tumorale soit prise en compte, il convient
d'avoir éliminé une nécrose secondaire à une
ulcération ou secondaire à un prélèvement
antérieur.
- La nécrose constitue, au niveau des tissus mous, un argument
important en faveur de la malignité à condition qu'elle
soit de type nécrose de coagulation et qu'elle ne survienne pas
chez l'enfant. En effet, chez ce dernier, certaines tumeurs bénignes
comme la myofibromatose ou l'hémangiopéricytome infantile
peuvent contenir des zones de nécrose alors qu'il s'agit de tumeurs
bénignes (photo 36).
3. L'examen au fort grossissement apporte lui
aussi des informations importantes :
- Il permet souvent de préciser le degré et le type de différenciation
par l'examen attentif du cytoplasme et du noyau. C'est souvent à
ce grossissement que l'on peut identifier de manière formelle la
présence de lipoblastes, de cellules tumorales musculaires striées
ou musculaires lisses, la présence de myofibroblastes, de cellules
nerveuses et d'histiocytes. Il convient ici d'être particulièrement
rigoureux dans son analyse et ses conclusions et de tenir compte, en particulier,
du contexte clinique et histologique afin de ne pas prendre par exemple
des cellules musculaires striées ou adipeuses normales, incluses
dans la prolifération tumorale pour des rhabdomyoblastes et lipoblastes.
- Cet examen permettra également d'apprécier l'activité
mitotique et la mise en évidence éventuelle de mitoses atypiques
orientant très fortement vers le diagnostic de malignité.
Il est de bonne règle de compter les mitoses sur 10 champs consécutifs
au fort grossissement dans la zone la plus mitotique. Si cet index mitotique
est sans importance dans le cadre d'une lésion de nature réactionnelle,
il prend toute sa valeur dans les tumeurs de nature musculaire lisse ou
nerveuse.
- Il permet également, un examen attentif des noyaux en s'attachant
à leur taille, à leurs contours, à l'aspect de la
chromatine et à la présence et à l'aspect de nucléoles.
Si la présence d'atypies nucléaires oriente plutôt
vers le diagnostic de malignité, il conviendra d'être particulièrement
prudent si elles sont isolées, sans mitose et ce d'autant plus
que la lésion est superficielle.
UTILISATION DES TECHNIQUES SPECIALES
Les techniques spéciales doivent être
utilisées de manière raisonnée.
Deux chapitres leur sont consacrés. En pratique, c'est l'immunohistochimie
qui rend le plus de service à condition que la technique soit de
qualité et l'interprétation rigoureuse. Il est maintenant
important de systématiquement congeler un fragment tumoral car
les outils de biologie moléculaire apportent de plus en plus d'arguments
diagnostiques.
ATTITUDE A ADOPTER EN CAS DE DIFFICULTES
Au terme de cet examen soigneux, un certain nombre
de tumeurs des tissus mous est de diagnostic facile et leur identification
est rapidement faite lors de l'examen histologique, éventuellement
complété par l'immunohistochimie. Par contre, pour d'autres
lésions, le diagnostic est plus difficile. Cette situation est
loin d'être rare dans le domaine des tumeurs des tissus mous. Dans
ce cas, il faut procéder par étape en répondant à
plusieurs questions, et si le problème persiste, se faire aider
par son environnement proche ou un consultant extérieur.
1. Procéder par étapes en répondant
aux questions suivantes :
- S'agit-il réellement d'une tumeur ?
En effet, les lésions réactionnelles peuvent avoir un aspect
proliférant et un index mitotique élevé pouvant en
imposer pour une tumeur maligne. Pour répondre à cette question,
il convient d'être parfaitement informé du contexte clinique
et de réaliser un examen histologique attentif en s'attachant particulièrement
à l'aspect architectural général de la lésion.
- S'il s'agit d'une tumeur, s'agit-il réellement d'une tumeur maligne
?
La connaissance des formes atypiques des tumeurs bénignes est indispensable
pour répondre à cette question. La nécrose constitue
un excellent signe en faveur de la malignité. En dehors de ce signe,
les atypies nucléaires et la cellularité sont à interpréter
en fonction du contexte.
- S'il s'agit d'une tumeur maligne, s'agit-il d'un sarcome ?
Il convient là d'éliminer formellement un carcinome, un
mélanome, ou même un lymphome malin, qui peuvent dans certains
cas mimer un sarcome. Le contexte clinique, l'aspect histologique et surtout
l'immunohistochimie seront là d'un grand secours.
- S'il s'agit d'un sarcome, comment le classer ?
Pour répondre à cette question il convient de déterminer
quel est le phénotype des cellules tumorales. Cette détermination
repose principalement sur l'aspect histologique, mais peut être
aidée par l'immunohistochimie, la microscopie électronique
et l'examen cytogénétique.
2. Collecter d'autres informations et avis dans
son environnement proche
- S'il existe un antécédent de tumeur, les lames de cette
tumeur doivent toujours être revues.
- Recherche d'informations auprès des cliniciens prenant en charge
le patient.
- Demande d'avis auprès de nos collègues les plus proches.
- Recherche d'informations dans les bases de données existantes
(lames, images, livres et revues).
3. Demande d'avis auprès d'un consultant
extérieur.
RÉFÉRENCES
1. BROOKS JJ. Disorders of soft tissue. In : Sternberg
SS; eds. Diagnostic surgical pathology Second Edition - New York : Raven
Press, 1994 ; 147-29.
2. KEMPSON RL, HENDRICKSON MR. An approach to the
diagnosis of soft tissue tumors. In : Weiss SW, Brooks JJ, eds. Soft tissue
tumors. Baltimore : Williams & Wilkins, 1996, 1-36.
3. WEISS SW. Histological typing of soft tissue
tumours. International histological classification of tumours. Berlin
: Springer Verlag, 1993.
4. WEISS SW, GOLDBLUM JR. Approach to the diagnosis
of soft tissue tumors - In : Enzinger and Weiss's soft tissue tumors.
Fourth Edition, CV Mosby, 2001, 189-97.
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